Lieu de passage et de migrations dès la plus haute antiquité, marche d’Espagne ou de France selon les caprices de l’histoire, le pays catalan français a toujours échappé aux destructions patrimoniales qui furent le lot des guerres et révolutions des deux Etats dont il fut souvent l’enjeu. Ainsi, le Roussillon devint-il une terre d’accueil pour les hérétiques cathares pourchassés par l’inquisition. Il épargna son patrimoine roman alors que les croisés de Simon de Montfort ravageaient l’Occitanie voisine.

Trois cent ans plus tard, lorsque les guerres de religion ensanglantaient la France, provoquant la destruction des églises et de leur mobilier, le pays Catalan français resta protégé de toute destruction comme en témoigne son prestigieux héritage gothique.

Le siècle d’or fut passé sous la couronne d’Espagne qui porta très haut les couleurs de la contre-réforme et le développement de l’art baroque. C’est pourquoi on trouve là un des plus beau musée en Europe de l’art baroque : sculptures, peintures, retables, clochers.

Devenu français par le traité des Pyrénées, comme par réaction à cette conquête, un élan constructeur traverse avec force le pays catalan. Il n’existe pas de paroisse qui ne se dote d’un impressionnant patrimoine de retables baroques entourés de colonnes salomoniques (à vis-sans-fin). Puis la catalogne traversa la révolution française sans que son patrimoine ne soit détruit ; l’héritage religieux fut bradé comme bien national auprès des communes qui se portèrent acquéreurs. Par voie de conséquence les constructions d’édifices contre-révolutionnaires se multiplièrent tout au long du 19ème siècle.

En résumé on trouve en Roussillon un témoignage de :

PERIODE PREROMANE.

L’art roman, venu d’Italie, de Lombardie, apparaît et se développe en pays catalan entre le 10ème et le 13ème siècle. Il acquiert en Roussillon des caractéristique particulières du fait des artistes, des matériaux, des coutumes locaux. Il existait déjà un certain art local « préroman » . Les bâtiments étaient aux lignes très sobres, toute l’ornementation était concentrée sur le portail et éventuellement sur les chapiteaux des cloîtres. On y trouve des thèmes empruntés aux étoffes et coffrets d’Orient mais adaptés à la culture locale.

Eglise romane de Casefabre
Comes au-dessus d'Eus
Saint-Martin de Fénollar
Saint-Marcel à Flassa
Ce sont de petits édifices à une seule nef avec des murs bordés par un petit banc. A l’est on trouve une abside quadrangulaire, parfois circulaire, souvent désaxée par rapport à la nef. Entre la nef et l’abside se dresse un mur avec un arc triomphal ; des degrés qui rehaussent le sanctuaire, marquent bien la limite. Les nefs sont charpentées. Les absides sont parfois couvertes par une voûte plein cintre retombant en arrière de l’aplomb des murs porteurs. Sournia présente même deux nefs accolées, parallèles, avec une porte de communication entre les deux. Il s’agit en fait d’un agrandissement.
Décors peints à Saint-Martin de Fénollar
Décors peints à Saint-Martin de Fénollar
On peut citer :
  • des chapelles rurales comme Saint-Michel ou Sainte Félicité de Sournia, Saint-Vincent de Fourques, Saint-Nazaire et Celse d’Ansignan, Saint-Martin de Fénollar à Maureillas.
  • les trois abbatiales de Saint-Michel-de-Cuxa, de Saint-Génis des Fontaines et Saint-André de Sorède. Ces abbatiales possèdent des transepts voûtés largement débordants ; les fenêtres sont de grande dimensions comme le voulait la tradition carolingiènne.
  • Les décors peints, à base de couleurs rouge, ocre ou blanche, ne subsistent qu’à l’état de traces. Les décors sculptés ne sont pas abondants. En témoignent la cuve des fonds baptismaux à Saint-Jean de Perpignan, les chapiteaux de la partie orientale de la crypte de Saint-Martin du Canigou, la vasque de marbre de Saint-André de Sorède, la table d’autel de la cathédrale d’Elne.
Chapiteau en méplat dans chapelle haute de Saint-Martin du Canigou
Décors peints à Saint-Martin de Fénollar
Décors peints à Saint-Martin de Fénollar

Retour
Saint-Martin du Canigou, vue générale

PERIODE ROMANE.

L’art ROMAN, premier âge, proprement dit, qui recouvre le 11ème siècle, apparaît pour la première fois à Saint-Martin du Canigou entre 1005 et 1009 puis à Saint-Michel de Cuxa après 1010. Venu de l’Italie du nord, il est probable qu’il a été apporté par des maçons lombards, ou par des maître d’œuvre locaux formés à l’école italienne - on cite le cas du moine Sclua qui a œuvré à Saint-Martin du Canigou, à Sain-Michel de Cuxa.

Statue de Saint-Martin d'Angers qui fend son manteau en deux pour le donner au pauvre.
Saint-Martin du Canigou cloître bas
Saint-Martin du Canigou, détail chapiteau.
Saint-Martin du Canigou, détail chapiteau.
Saint-Martin du Canigou, bas relief, détails mortuaires
Saint-Martin du Canigou,le supplice de Tantale
Certaines décorations se retrouvent dans de nombreux sanctuaires des Pyrénées-orientales ; cette similitude est expliquée par le fait que dès le 10ème siècle le monastère bénédictin de Saint-Michel-de-Cuxa avait formé une école d’artisans sculpteurs qui allaient de chantier en chantier sans renouveler leur inspiration ; ces artisans ont œuvré jusqu’au début du 13ème siècle en se spécialisant dans la sculpture des marbres locaux(Céret, Villefranche-du-Conflent).
Prieuré de Serrabone, le clocher
Prieuré de Serrabone,intérieur du cloître
détail chapiteau, cloître de Serrabone
Prieuré de Serrabone,extérieur du cloître
Prieuré de Serrabone, extérieur du cloître
Prieuré de Serrabone,détail de la tribune
Jubé de Serrabone
Linteau 1020 de Saint-Génis des Fontaines
Les sculptures des église roussillonnaises montrent l’évolution de l’art qui s’est dégagé peu à peu de l’influence orientale. L’église de Saint-Genis des Fontaines possède un linteau de marbre blanc sculpté, daté de 1020, qui montre clairement une inspiration occidentale.
Sur ce linteau on peut lire : « la 24ème année du règne du roi Robert, Guillaume abbé par la grâce de Dieu, ordonna de faire cette œuvre en l’honneur de Saint-Génis au monastère que l’on appelle des Fontaines ». L’art de sculpter marque un progrès décisif pour arriver à des motifs en modelé. Voir, par exemple, la décoration de la façade de Saint-André de Sorède.
Saint-André de Sorède
Saint-André de Sorède
Cet art ROMAN premier âge est caractérisé par :
  • l’invention de la pile articulée qui divise la nef en travées ;
  • par la généralisation de la voûte en plein cintre, portée ou non par des arcs doubleaux ;
  • l’utilisation d’un appareillage de petits moellons rectangulaires débités au marteau ;
  • l’ébrasement extérieur des fenêtres surmontées d’un arc clavé ;
  • le décor de petits arcs festonnant le haut des murs, associés au bandes lombardes ;
  • l’installation de niches extérieures dans la voûte des absides ;
  • l’apparition de clochers type lombard comme à Saint-michel de Cuxa.
Cloître de Saint-Michel de Cuxa,détail chapiteau
Saint-Michel de Cuxa,vue générale face nord
Eglise de Saint-Michel de Cuxa,clocher lombard, vue sud
Saint-Michel de Cuxa
Différentes vues
à l'intérieur
du cloître
Crypte à Saint-Michel de Cuxa
Chapiteau Cloître Serrabone
Cloître de Saint-Genis des Fontaines
Néanmoins on reste fidèle à la couverture en charpente ; beaucoup d’édifices ne recevront une voûte sur nef qu’au 12ème siècle. Parmi les édifices appartenant à ce courant on peut citer : l’abbatiale d’Arles-sur-Tech, la cathédrale d’Elne, Sainte Eulalie de Fuilla, Saint-Nazaire de l’Ecluse-Haute, la nef de Serrabonne, Saint-Vincent d’Eus.
Sans qu’il y ait vraiment de rupture dans l’évolution on distingue néanmoins un second âge ROMAN, qui occupe tout le 12ème siècle, et une partie du 13ème , et qui correspond à un perfectionnement des technique antérieures.
Les principales caractéristiques en sont :
  • l’emploi de pierres soigneusement taillées ;
  • la généralisation de la voûte sur tous les édifices ; on en vient à voûter les églises romanes du 11ème siècle, ou les nefs préromanes qui ne l’étaient pas ;
  • l’extension de la sculpture à toutes les parties de l’édifice ;
  • la réalisation de beaux portails plus ou moins richement décorés (Corneilla, Villefranche, Coustouges) ;
  • enfin une large utilisation des marbres colorés locaux (blanc de Céret, rose de Villefranche-de-Conflent ou noir des Corbières de Roussillon) pour la réalisation de cloîtres ou de tribunes : tribune de Serrabone, cloîtres de Saint-Michel de Cuxa, de Serrabone, de Saint-martin du Canigou, d’Elne, de Saint-Génis des Fontaines ; on a une typologie bien roussillonnaise de chapiteaux, à fonds striés, recouverts de végétaux, de sirènes, de monstres qui semblent inspirés des manuscrits orientaux. Les grands maîtres sculpteurs locaux sont peu connus, hormis Raimond de Bianya dont la signature est observée dans le cloître d’Elne. Souvent il s’agissait d’artistes itinérants.
Cloître d'Elne et son clocher
Cloître d'Elne
Détail chapiteau
La porte du Paradis
détail chapiteau
Décors peints à Saint-Martin de Fénollar

Les décors peints ne subsistent que dans les édifices les plus humbles quand ils ont été seulement recouverts de plâtre : Fénolar, l’Ecluse, Casenove près d’Ile-sur-Têt, Marcevol, Sainte-Marie de Riquer, dans l’absidiole de la façade orientale d’Arles. Les peintures sur bois des autels ou des retables ne subsistent qu’en Cerdagne : Oreilla, Llagonne, Angoustrine.

Les monuments les plus représentatifs de ce second âge ROMAN sont : la collègiale de Corneilla de Conflent, Saint-jacques de Villefranche de Conflent, Saint-André d’Angoustrine, Sainte-Marie de Coustouges, Saint-Marie d’Espira de l’Agly, le prieuré de Marcevol, Sainte-Marie de Montferrer, Saint-jean le Vieux à Perpignan, la grange fortifiée de Sequerre, le chevet de Serrabone.

Corneilla-du-Conflent
Retour

PERIODE GOTHIQUE.

Villefranche-de-Conflent
Marcevol
Chapelle de Saint-Michel de Cuxa
La période gothique va de la fin du 12ème siècle au milieu du 16ème siècle. On peut distinguer :
  • le pré-gothique dans la deuxième moitié du 12ème ;
  • le gothique au 13ème siècle
  • le gothique rayonnant au 14ème ;
  • le gothique flamboyant de la fin du 14ème au 15ème siècle ;
  • en pays catalan, beaucoup d’églises construites au 17ème et 18ème siècle sont techniquement gothiques ;
  • le néo-gothique, ou style « troubadour » du 19ème et 20ème siècle.

Moligt-village
L’arc brisé est considéré comme une caractéristique essentielle du gothique. Il est associé à la voûte sur croisée d’ogive, et à l’arc-boutant. Les constructions reposent sur des colonnes et des piliers. A l’opposé des épaisses murailles romanes, porteuses sur toute leur largeur des voûtes en plein cintre, les murs ici sont des écrans ajourés. Les arc-boutants deviennent des murs qui contrebutent la poussée des arcs diaphragmes. Entre ces murs on aménage des chapelles latérales qui s’ouvrent sur le vaisseau de l’église. Cet aménagement correspond à la multiplication des saints et à leur culte.
Coustouges
Villefranche-du-Conflent
A la différence des églises gothiques du nord, divisées en trois nefs parallèles, celles du gothique méditerranéen s’organisent autour d’une nef unique haute et large. Afin que les fidèles puissent voir la cérémonie et entendre le prédicateur. Ce modèle aura cours jusqu’au 19ème.

Historiquement, en pays catalan, cette période est celle des rois de Majorque et les principaux monuments gothiques ont été construits à Perpignan : le palais royal, les églises paroissiales « la Réal », Saint-Jacques, la cathédrale, les monastères Notre-Dame des Anges, Saint Dominique, les Carmes. Mais les terres romanes de Roussillon et de Cerdagne s’ouvrent à l’art nouveau.

La fin du royaume de Majorque correspond au temps des malheurs. Dès 1348 la peste s’abat sur l’occident. La pendémie se prolonge en une série sinistre : gel, sécheresse, inondations, famines, guerres, révoltes paysannes, répressions seigneuriales, et tremblement de terre. On ne pense plus qu’à se protéger. Les clochers-tours romans sont réaménagés en tour crénelées. Les murs gouttereaux des églises sont surélevés de remparts, les villages sont enclos de murailles, des châtelains sont désignés pour la défense. Par opposition aux flèches gothiques des édifices septentrionaux, les clochers catalans deviennent des forteresses . Les maçons enlèvent tous les décors romans : panneaux d’arcades, panneaux d’arcs aveugles, des frises en dents de scies.
Ille-sur-Têt, vue générale
Palais des rois de Majorque
Ils élèvent des murs lisses.
Comme exemples citons : Coustouges, Espira-de-l’Agly, Bouleternère. De nouvelles tours sont édifiées : Ile-sur-Têt, Argelès, Prats-de-Mollo, Villefranche de Conflent, Baixas.

Comme principaux clochers gothiques il faut retenir, outre ceux cités plus haut : Caldégas, Calmeille, Caudiès de Conflent, Conat, Estavar, les Cluses, La Llagonne, Molitg-les-Bains, Saint-Jean-le-Vieux à Perpignan, Planes, Porté Puymorens, Tarerach, Taulis, Thuir, Torens.

Retour

PERIODE BAROQUE.

L'église et ses saints.

En l'an mil, il n'existe ni procès, ni tribunal de béatification. La vie exemplaire, le savoir exceptionnel suffisent pour désigner la sainteté d'un défunt; la vertu de celui qui vient d'être rappelé est exaltée. D'où une multitude de Saints et de Bienheureux, médiateurs entre terre et ciel, aux pouvoirs thaumaturgiques.
Dès le 13ème siècle la Légende Dorée simplifie la liste de ces saints patrons mais, malgrè cela, après le concile de Trente(1550), subsistent une cohorte de saints homologués auxquels se réfèrent les croyances populaires. Les saints gouvernent les éléments naturels, les plantes, les animaux et les hommes. Ils garantissent la santé, soignent les maladies, jugent de la stérilité et de la fertilité, commandent la guerre et la paix, décident de la puie et du beau temps. Bref, agissent sur tout ce qui intéresse les hommes. Ce sont les piliers sur lesquels s'appuie la foi des fidèles et l'esprit baroque.

L'esprit Baroque.

Ce cadre religieux se démultiplie en piétés locales, les paroisses ont leurs propres raisons de vénérer un saint particulier. De 1620 jusque vers 1650, les peuples subissent des séries noires: périodes de sècheresses, mauvaises récoltes, épidémie de peste noire-en 1631 on compte 4000 morts dans la seule ville de Perpignan. La guerre de trente ans, jusqu'alors circonscrite au nord de l'Europe, s'étend à la Catalogne. Depuis la déclaration de guerre de Louis XIII à Philippe IV, le 19 mai 1635, le Roussillon doit assurer la subsistance des troupes et en subir les exactions. La misère règne et entraîne révoltes et violentes répressions.
En 1640, la Catalogne fait sécession de la Castille et de l'Aragon et s'allie à la France. Le pays est pillé. Les consuls et les notables des villes réclament l'intercession du ciel pour secourir les populations. On invoque Dieu et tous ses saints; la moindre grâce accordée est l'objet d'un remerciement, qui, sous forme d'une commande de retable, qui, sous forme d'un don de tableau réalisé par l'artiste local.
Si l'on ajoute à cela que la guerre en pays catalan à suscité un besoin de renouveau du culte catholique, on comprend que l'ensemble des territoires, notamment le Ribéral et le Bas-Conflent, battent des records d'aménagement et de reconstruction.

Le développement du Baroque en pays Catalan.

La période baroque s’étend de la fin du 16ème siècle aux années 1800. Le mot baroque trouve son origine dans le portugais « borocco ». Il s'appliquait, en joaillerie, aux perles irrégulières. L’art baroque est caractérisé par la liberté des formes, irrégulières, et la profusion des ornements. C’est l’art de la transposition; ses maîtres sculptent, en bois, des rideaux et des courtines, des vases et des buissons de feuillage, des chandeliers, des consoles, des coquillages, des nuages et des gloires solaires. Les colonnes salamoniques symbolisent le mouvement hélicoïdal ascensionnel; les constructions s’élèvent en pinacles.

Finestret et son clocher baroque
Montalba-le-Château

Dans le pays catalan, les ateliers se multiplient et livrent quantités d'oeuvres, plus de huit cents retables en bois dorés et polychromés vont orner des centaines d’églises en l’espace de deux siècles. Ces retables abritent plusieurs milliers de statues et de tableaux de scuptures. Depuis 1629 les peintres du Roussillon se sont réunis en corporation dont les clients sont essentiellement des dévots enfermés dans le courant pieux de la réforme catholique.
Les églises recensent, pour quelques milliers d'oeuvres d'art, plusieurs centaines de saints et de bienheureux qui ont intercédé auprès de Dieu.

Toutes les villages, de Néfiach à Mosset, construisent du neuf ou réaménagent leurs églises médiévales. Le mouvement s'étend entre 1660 et 1760. Néfiach, Ille-sur-Têt, Bouleternère, Rodès, Vinça, Marquixanes, Los Masos, Eus, Campôme, Mosset, Joch, Rigarda, Finestret, Prades se dotent de nouveaux édifices. Néanmoins, par esprit d'économie, on garde ce que l'on peut récupérer de l'édifice antérieur. Les clochers romans sont sauvés au prix d'un "lifting" baroque.
Eglise de Marquixanes
Rodez
Les ermitages se multiplient: Notre Dame de Vie à Villefranche, Domanova à Rodès, Força Real à Millas. L'essaimage baroque dresse de nouvelles églises un peu partout, avec de belles réalisations à Rivesaltes, Estagel, Montner.
La nouvelle frontière, née du traité des Pyrénées, impose des forteresses au Perthus, à Prats-de-Mollo et à Amélie -les Bains; les villes de Collioure et Mont-Louis sont recréées.
Les clochers-tours à clochetons d'angle qui sont apparus au début du 17ème comme à Marquixanes (1611) vont se multiplier jusqu'au 19ème siècle. De même le clocher ajouré à plusieurs niveaux d'arcades, aux frontons érigés en pinacle comme à Formiguères ou à Trouillas se retrouve, sous le second empire, à Caramany en Fenouillèdes.
Notons ici que ce n'est qu'au début du 19ème siècle que l'église de Collioure que nous connaissons a été coiffée d'une coupole baroque Toscane, copie de celle du clocher du couvent des dominicains de cette bourgade.
Collioure, clocher Toscan
Retour

UN MOT SUR LES RETABLES.

Un retable est une pièce architecturale décorative à vocation religieuse. Dans les églises, ils sont placés en fond de chapelle; le retable principal, mis au fond du coeur, est le retable "maître-autel". Les retables, apparus pendant le 12ème siècle, sont toujours fabriqués de nos jours. On distingue:
  • le retable roman;
  • le gothique;
  • le renaissance;
  • le baroque.

Retable roman.

Entre l'invasion carolingienne, marquant le retour de la foi chrétienne, et la fin du 12ème siècle les églises ne possèdaient pas d'autres décors que les sculptures sur pierres.
Au 12ème siècle apparut un décor peint se plaçant à l'avant de l'autel(l'antépendium). Les peintures racontent des épisodes religieux et servent de support au prêtre. On peut encore observer de tel pièces dans les église de montagne, à Angoustrine ou La LLagonne.
Retable Chapelle Saint-Martin, au-dessus de Bouleternère
Retable Saint-Etienne de Prunet
A partir du 13ème siècle le retable s'agrandit et se place derrière l'autel. Par exemple, le petit retable d'Angoustrine, daté du début du 13ème siècle est composé d'un baldaquin, abritant la statue de la vierge, et de deux panneaux latéraux peints. D'une façon générale, le retable est plus haut que large; une partie centrale est occupée par la figure de dévotion, de part et d'autre on trouve des scènes narratives. Voir, par exemple, le retable de Serdinya daté de 1342.

Retable gothique.


Le Retable de Saint-Jean-Baptiste d'Evol, petit village au-dessus d'Olette, est un joyau de l'art gothique catalan. Il a fait le tour des grandes capitales du monde. C'est une oeuvre d'art unique de la période renaissance, début du 15ème siècle. Pas moins de quatre vingt dix personnages, oubliés là, au creux de cette vallée maintenant désertée. Sur la prédelle la passion du Christ et, au-dessus, la vie de Saint-Jean-Baptiste.
l'annonciation à Zacharie le baptème de Jésus Ecce Agnus Dei Voici l'agneau de Dieu
La visitation Saint-Jean-Baptiste
ECCE Agnus Dei
ECCE Lux Vera
GUILLAUME de SO
le festin d'Herode
La nativité de Saint-Jean-Baptiste la mise au tombeau de Saint-Jean-Baptiste
le baiser de juda Pilate se lave les mains le crucifiement la déposition la mise au tombeau
Les retables évoluent de façon notable dans la seconde moitié du 14ème siècle. Il est plus haut et les décors deviennent plus complexes. Les panneaux peints sont compartimentés; le soubassement, la prédelle, est composé de cinq compartiments de même taille, avec, au centre, le christe de pitié. La partie supérieure est composée de trois partie (tryptique):scènes narratives sur les côtés, en deux ou trois parties, au centre la travée est pus haute avec, en bas, la scène de dévotion, en haut, la crucifixion.Les travées verticales sont séparées par des moulures ou des colonettes décorées de motifs architecturaux. Au début du 15ème siècle, les fonds sont dorés à l'or pur, puis, devant le coût excessif, seules les parties stuquées ou en relief sont dorées.
Retable Saint-Genis des Fontaines
Retable EUS

Retable renaissance.

A partir du 16ème siècle le retable devient encore plus grant avec apparition des statues. Notamment, au centre, le sujet principal est une statue. Il n'y a plus ni décors sculptés, ni pinacles. Hormis des colonnes ayant un fût à pointes de diamant ou avec des arabesques.

Les retables Baroques.

De 1644 à 1675, dit premier âge baroque, c'est le retour des bas-reliefs; les statues en rond-de-bosse remplacent les panneaux peints. La forme générale en tryptique est toujours de rigueur, les travées verticales sont séparées par des colonnes ou des pilastres. Apparaissent les anges.
Retable Prats-de-Mollo
Retable de Prades
et son descriptif ci-dessous
Saint-Thomas
ange ange à l'encensoir Dieu le Père et la Colombe du Saint-Esprit ange au carqois ange
ange Saint-Jérôme Saint-Simon L'immaculée Conception Saint-jude Saint-Augustin ange
Saint-bartélemy Délivrance de Saint-Pierre Saint-jacques le Mineur Armoiries de la Papauté Saint-Philippe Crucufixion de Saint-Pierre Saint-Mathieu
ange SaintGrégoire-le-Grand ange Saint-Pierre 1er Pape ange Saint-Ambroise ange
Saint-jacques le Majeur "Je te donnerai les clés du Royaume des Cieux" Saint-Paul Saint-Andre Guerison du boiteux à la belle porte du temple Saint-Jean
Vocation de Saint-Pierre Christ de pitié(peinture) Saint-Pierre marchant sur les eaux
Le deuxième âge baroque, de 1675 à 1720, a tendance à surcharger les retables en statues et couleurs vives. C'est de cette époque que datent les colonnes torsadées.
Retable Marquixanes
Retable de Consolation près de Collioure
A partir du 18ème siècle la forme des retable se simplifie. Apparait un style néoclassique d'architecture plus lisse. Puis, au début du 20ème siècle l'industrialisation banalise l'art des retables; tous les styles sont réalisables, on ne peut plus définir un âge, une époque.








Retour
Ce qui est remarquable à cette époque du baroque, c'est que si on ne connaît pas les artistes des périodes romane et gothique -ils ne signaient pas leurs oeuvres- au contraire, l'existence des ateliers au 16ème siècle individualise les maîtres et ses apprentis:
  • Antoine Peytavi, de Toulouges, de 1562 à 1592
  • Horace Rigaud
  • Barthélémy Gonzalez
  • Antoine Marti
  • Lazare Trémullas, de 1613 à 1654
  • Trémullas le jeune
  • Louis Généres, originaire de Manresa, de 1671 à 1687
  • Mélau, de Carcassonne
  • Joseph Sunyer, aussi originaire de Manresa, qui réalisa, entre 1696 et 1699, le plus grand retable baroque de France à Prades. C'est le premier à introduire les anges musiciens.Il réalisa également le retable de Notre Dame des Anges à Collioure, et le maître autel de la chapelle d'Hix en Cerdagne.
  • Claude Perret, bourgignon d'origine qui realisa le retable du maître autel de la cathédrale de Perpignan
  • Cantayre
  • Navarre, au début du 18ème siècle, ces deux derniers introduisant le retable à baldaquin, notamment à l'Hospice d'Ille-sur-Têt.
  • Parmi les peintres citons: Pierre Girona, François Ferrer, Barthélémy Capdeville, Barthélémy Vila, Pierre Costa, Jaubert Gaucelm, André Fabrègues,Pierre Primo, Jean Fabrègues, Pierre Delmas.